Parmi les principaux artistes de la route Cézanne, nous retenons d’abord, à tout seigneur, tout honneur,

Paul Cézanne.

Cézanne, né à Aix en 1839, crée des liens avec Le Tholonet dès l’adolescence. Avec ses amis Emile Zola et Baptistin Baille il arpente la campagne aixoise : le barrage du Tholonet, Sainte-Victoire, les collines de Saint-Marc, les terres rouges, les balcons de rochers qui surplombent les grottes, le domaine des Jésuites « Saint-Joseph » (actuellement propriété privée de la famille du peintre François Aubrun), lieux où le peintre puisera bon nombre de ses « motifs ».

A partir de 1888, Cézanne loue une pièce à « Château Noir », cette propriété originale sur la route du Tholonet, pour entreposer son matériel quand il part sur la petite route peindre sur le motif. Il sera séduit par l’architecture insolite du lieu, et la « correspondance » de celui-ci avec la montagne Sainte Victoire. Ce bastidon, transformé en un « castel » romantique, sera connu du monde entier grâce aux toiles de Cézanne.

A l’été 1895, Cézanne s’installe définitivement à Aix et loue un bastidon sur le plateau de Bibémus. Un endroit « magique », une vue « vaste et intime à la fois » sur Sainte-Victoire comme fond, avec à droite les plans successifs du Montaiguet et des collines de Marseille.

En 1939, pour le centenaire de la naissance de Cézanne, la commune du Tholonet élève un monument à la mémoire du peintre, ainsi qu’une stèle, posée à l’aplomb de la route, face au grand pin, sur laquelle on peut lire : « D’ici Cézanne a peint le paysage de Sainte-Victoire ». Fondateur de la Société Paul Cézanne, Marcel Provence fit publier alors un petit livre broché intitulé « Cézanne au Tholonet », évoquant quelques anecdotes de la vie du peintre.

Deux cent cinquante toiles montrent le rapport essentiel que Cézanne a entretenu avec la Provence : Carrières de Bibémus, Château Noir, Sainte Victoire(s) peintes depuis Le Tholonet ou les Lauves… ces tableaux montrent bien que la Provence de Cézanne est « à la fois le creuset d’une œuvre tout à fait classique et totalement d’avant-garde ».

 

Léo Marchutz, né en 1903 à Nuremberg, découvre Cézanne en 1921 grâce à la grande exposition organisée à Berlin. En 1928, voulant voir les paysages de Cézanne dans la lumière provençale, il vient à Aix et s’installera définitivement à Château Noir en 1931. Il se consacre au dessin et à la lithographie et se lira d’amitié avec tous les spécialistes du peintre, dont l’étudiant en histoire John Rewald (1912-1994).

Pendant la seconde guerre mondiale, Léo Marchutz, comme d’autres immigrés, artistes et intellectuels allemands, est interné dans le camp des Milles. Libéré, il fait paraître en 1947, son premier grand ouvrage L’Evangile selon Saint Luc.

Il va dès lors mettre son savoir-faire à disposition de différents artistes, peintres et écrivains, qui affluent vers la petite route du Tholonet : parmi eux, Tal–Coat, André Masson, Pierre Jean Jouve et l’architecte-écrivain Fernand Pouillon qui deviendra son mécène en 1954, faisant construire un atelier à son intention, face à sa bastide La Brillanne.

En 1971, Marchutz crée une école d’enseignement de la peinture toujours vivante aujourd’hui. On peut voir quelques-unes de ses œuvres dans la chapelle de St Marc de Jaumegarde et la mairie du Tholonet.

Mort en 1976, il est enterré au cimetière du Tholonet comme le peintre André Masson et l’historien Georges Duby, les deux personnages emblématiques du foisonnement intellectuel et artistique de l’après-guerre à Aix-en Provence, cet « âge d’or » dont l’étincelle première vient de la lumineuse montagne Sainte-Victoire à laquelle Cézanne a donné l’immortalité de l’art.

 

Si beaucoup d’écrivains sont venus visiter leurs amis peintres de la route du Tholonet, un philosophe, Maurice Blondel, y habita un bastidon, du temps où il était professeur à l’Université d’Aix (1890-1949) et la grande helléniste, Jacqueline de Romilly, aimait à y séjourner depuis 1940.

Née en 1913, Jacqueline de Romilly consacra sa thèse de doctorat en 1947 à l’historien grec Thucydide. Enseignante passionnée, elle est aussi la première femme à être nommée au Collège de France, et la deuxième -après Marguerite Yourcenar- à être élue à l’Académie Française en 1988.

Dans sa jolie maison, ouverte sur Sainte-Victoire, elle écrit en 1987 le livre qui la fit connaître du grand public, Sur les Chemins de Sainte-Victoire. L’amour des sites cézanniens et la fascination pour la beauté de la Grèce s’y marient dans une heureuse synthèse.

Pour de plus amples renseignements, on pourra se reporter aux ouvrages édités par l’ARCT, La route Cézanne, un lieu inspiré, 2015 et Sur les chemins de Jacqueline de Romilly, 2013.